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SOLNESS CONSTRUCTEUR
QUEL MONDE LAISSE-T-ON À LA JEUNESSE QUI VIENT ?
- C’est horrible. Il n’en a finalement pas été capable.
- Mais tout en haut il est allé ! Et j’ai entendu des harpes dans les airs… mon… mon… constructeur.
Solness : l’histoire d’un autodidacte, ancien employé dans un cabinet d’architecture, qui a conquis le monopole du bâtiment dans sa région sur le cadavre de ses deux enfants et les décombres du patrimoine incendié de sa femme. Ruinant puis exploitant son ancien patron, jouant d’autorité ou de séduction, il a défendu bestialement son règne, tué dans l’œuf toute concurrence, toute relève possible. Vieux fauve effrayé par la jeunesse et surtout par la Mort, vieil artiste qui a cru pouvoir apporter le bonheur avec l’humanité de son architecture, il contemple l’étendue des dégâts : un territoire conquis par le cancer de ses constructions, une maison coupée en deux, hantée par une femme, Aline, omniprésente et passivement tout contre lui, et le fantôme de deux enfants disparus ; un idéal mort, un couple sans désir, et un instinct de survie toujours là, sauvage, indestructible.
C’est alors qu’arrive « la jeunesse ». Hilde Wangel se présente, elle a quelque chose à réclamer. Dix ans plus tôt, alors qu’il était ivre et qu’elle avait douze ans, Solness l’aurait embrassé… Il lui aurait promis… un royaume. Elle vient, à l’heure dite, chercher son dû. Etre de chair ou production hallucinatoire d’un fou ? Elle va s’installer au cœur de la vie du couple et travailler à bras-le-corps l’âme malade du Constructeur
Solness est un autoportrait de son auteur. L'esthétique elle-même du texte est une synthèse autobiographique, on y retrouve le réalisme d’Edda Gabler et de Maison de Poupée, et le merveilleux de Peer Gynt. Solness déplie peu à peu, au fil des trois actes, sa perception d’un monde peuplé de Trolls, de diables, d’esprits invisibles, qu’il aurait le pouvoir de guider, pour sa propre gloire et pour le malheur de son entourage. Une théorie Faustienne à laquelle les évènements passés, mais aussi les attitudes sur le moment, et jusqu’aux coïncidences étonnantes des entrées en scène, semblent donner raison. Nous baignons dans une atmosphère fantastique, où le surnaturel affleure sans que jamais le fil de la rationnalité ne soit rompu.
Sur la scène, c’est éclatant d’intelligence coupante dans les rapports entre les êtres, parfois en musique, grâce à des interprètes (Philippe Hottier, Valérie Blanchon, Éléonore Joncquez, Claire Chastel, Jean-Luc Cappozzo, Benjamin Duboc, Michel Melki) qui possèdent au plus haut degré le sens de la rupture dans l’art de jouer et déjouer les affects les plus intenses.
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Jean-Pierre Léonardini, L'HUMANITÉ
« La brièveté de la vie devrait nous garder de la séparation pédante des âges-comme si chaque âge apportait quelque chose de nouveau-, et ce serait l’affaire d’un poète de nous montrer une fois l’homme qui, à deux cents ans d’âge, vivrait véritablement sans contes et sans jeux. » Cette phrase de Nietzsche tirée d’Opinions et Sentences Mêlées ouvre l’histoire de Solness, campée avec une belle vigueur par Jean-Christophe Blondel et ses comédiens et musiciens.
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Edith Rappoport, THÉÂTRE DU BLOG
Texte
Henrik IBSEN
Traduction
Solveig SCHWARTZ
Mise en scène
Jean-Christophe BLONDEL
Dramaturgie
Christèle BARBIER
Jeu
Valérie BLANCHON
Jean-Luc CAPPOZZO
Claire CHASTEL
Benjamin DUBOC
Philippe HOTTIER
Eléonore JONCQUEZ
Michel MELKI
Musique sur scène
Jean-Luc CAPPOZZO
Benjamin DUBOC
Scénographie
Marguerite ROUSSEAU
Création costumes
Tormod LINDGREN
Captation vidéo & montage
Atsuhiko WATANABE
Coproduction
Le Rayon Vert
PAN (Prod. Ass. de Normandie)
Relais Culturel Régional
Soutien financier
ADAMI
DRAC Normandie
Jeune Théâtre National
ODIA Normandie
Région Normandie
SPEDIDAM
Ville de Rouen
Accueil en résidence
CDN Sartrouville
Le Préau CDN
Le Relais
Lilas en Scène
Quai des Arts